Mai 2012, année de présidentielles. C’est ce 25 mai que la FNAIM désignera le successeur de René Pallincourt, président sortant en fonction depuis 2004. Circumeo a interrogé pour vous les deux candidats à cette fonction-mandature, messieurs Jean-François Buet, secrétaire général de la fédération et Loïc Cantin, président de la chambre de la Loire-Atlantique afin de connaître les grandes trames de leurs programmes.

Circumeo : Vous êtes tout deux des « hommes de la maison », adhérents depuis plusieurs dizaines d’années. Pourquoi êtes-vous aujourd’hui candidat au poste de président de la FNAIM ?
Loïc Cantin : Ce n’est pas une décision récente après trente-deux ans d’adhésion et y suis poussé par quelques confrères depuis 2005, date de ma nomination à la présidence de la chambre Fnaim Loire-Atlantique.
Le fait qu’il n’y est eut qu’un candidat déclaré durant plusieurs mois m’a interpellé sur le fonctionnement même d’une FNAIM dans laquelle bon nombre d’adhérents aujourd’hui ne se reconnaissent plus. D’où ma décision de me présenter pour assurer plus de démocratie à l’ensemble.
Engourdie par des années et des années de confort, notre fédération n’a pas su trouver sa place auprès des autorités de tutelle afin de s’imposer comme voix de la profession. Comment d’ailleurs garder confiance en une fédération qui ne communique plus pour ainsi dire avec « le monde » qui l’entoure, je fais ici référence à l’absence de lettres ouvertes qui auraient dû être envoyées à l’attention des candidats à la présidentielle pour seul exemple.
Notre fédération joue à la belle endormie depuis trop longtemps, en mettant en place des outils non suivis d’application tels une Commission économique et un Comité de prospection en 2008 qui ne fonctionnent pas. Ou encore un comité de déontologie et d’éthique incapable de transiger et de sanctionner.
Je suis enfin favorable à la mise en œuvre d’une charte de qualité qui viendrait renforcer notre professionnalisme et donner à la profession une image positive auprès des consommateurs mais aussi des pouvoirs publics.Ce sont l’ensemble de ces points qui font que je me présente aujourd’hui à la présidence de notre fédération devant l’ensemble de nos adhérents.
Jean-François Buet : Disons que mon premier « appel du coude » date de 2004 mais que cette question n’était pas à l’époque d’actualité pour moi avant au moins…2017 !
Depuis, j’ai endossé le rôle de secrétaire général de la FNAIM, et ai eu l’occasion à ce titre d’afficher quelques avis nuancés sur la stratégie communication qu’avait la FNAIM ou sur des questions de gouvernances auprès des 68 chambres régionales.
Ma candidature a pour objectif de venir renforcer l’écoute et la proximité terrain tant en régions auprès des adhérents que dans les sphères publics où se prennent et prendront les décisions de demain. Je souhaite que la compétence soit au centre de nos actions pour plus de formation et davantage de professionnalisme chez nos adhérents. Et suis porteur de ce message au nom de nombre de confrères qui m’apportent aujourd’hui leur soutien.
Circumeo : Concernant le point entre les ponts existants avec les autres fédérations professionnelles et les autorités de tutelles en générale, comment vous situez-vous ?
Jean-François Buet : Une fédération a besoin de soutien, de relais pour parfaire son action de lobbying. La FNAIM est à ce titre membre de l’UPSI (Union Professionnelle du Secteur Immobilier) et sait ce que rencontrer des interlocuteurs décideurs veut dire.
Je pense qu’il est parfaitement normal de s’ouvrir et d’être à l’écoute de ce que d’autres forces syndicales et professionnelles ont à dire. Comme Etienne Ginot pour UNIS, je suis favorable bien entendu à un certain œcuménisme entre nos fédérations. Mais trouve dommage et dommageable de s’exclure et de rester dans son coin comme le fait aujourd’hui le SNPI d’Alain Duffoux.
Loïc Cantin : Les oppositions se fondent sur des arguments qui doivent être entendus et débattus. Je veux une FNAIM capable de dialoguer indifféremment avec UNIS comme le SNPI sans que cela soit un problème ou vienne en poser.
Circumeo : Que pensez-vous de la création d’un Conseil de l’entremise et de la gestion immobilière ?
Loïc Cantin : Le législateur a été provocateur avec cette idée et souhaite avant tout que la profession remette de l’ordre dans le désordre. Nous avons un code de déontologie mais il n’est pas appliqué et ce au nom de la protection d’entités de la profession.
Je suis favorable à une remise à plat de la loi Hoguet qui prenne connaissance des profondes mutations économiques et environnementales qui sont intervenues depuis 1970. Il faut quela FNAIM porte en avant, comme en 1970 des projets d’évolution de ce texte qui soient des propositions neuves et non pas des constats comme évoqués dans le livre blanc issu des Etats Généraux de la profession. Il faut que nos professionnels puissent, en dépit de la loi ENL 2006 établir de l’avant contrat, engager des fonds. Il faut que nous reprenions notre place avant que d’autres professions (avocats, huissiers) s’en emparent voire nous sortent.
On peut créer un garant gendarme externe mais qui n’enlèvent rien aux prérogatives des fédérations. Pour rappel, des instances départementales UNIS/FNAIM existent en région dans la profession de l’administration de biens et fonctionnent très bien. C’est une voie à suivre.
Jean-François Buet : Il nous faut trouver un moyen, via le législateur, d’exclure définitivement les canards boiteux de nos professions et de les faire sortir définitivement du circuit afin que ceux-ci cessent de nuire à l’image de la profession comme aux consommateurs. La forme reste à déterminer en état avec nos autorités de tutelles et l’ensemble de nos interlocuteurs.
Circumeo : La formation constitue un point essentiel. Quelle place lui accordez-vous ?
Jean-François Buet : C’est une question centrale car la formation doit être régulière afin que nos confrères évoluent et prennent conscience de la rapidité avec laquelle notre monde et donc nos marchés changent. Nous nous sommes plus des agents d’affaires et, de grâce, bannissons les comportements caricaturaux pour davantage de professionnalisme. Le besoin existe, il est fort, surtout en ces périodes difficiles. La formation doit être le gage de plus de qualité.
Sont concernés nos 13 métiers qui ne doivent plus se faire de l’ombre mais doivent au contraire être solidaires et décloisonnées entre elles.
Loïc Cantin : La formation doit être continue et obligatoire tant pour les collaborateurs que les directeurs. Mais si les adhérents n’étaient pas poussés par le législateur, par un texte rendant obligatoire cette formation, alors je crains que bon nombre n’en fasse une économie bien préjudiciable.
Circumeo : Sur la question du poids des groupes au sein des fédérations, quel message souhaitez-vous délivrer aux adhérents ?
Loïc Cantin : Les vingt dernières années ont été le théâtre d’une redistribution des cartes dans le paysage de nos professions.
En soit, ce n’est pas tant la concentration capitalistique qui est inquiétante mais bien l’absence de respect des règles pourtant édictées pour tous, professionnels comme juridiques que nous observons de la part des plus gros. Ma vision pour la FNAIM est que nous obtenions l’équité et que nous appliquions des sanctions allant jusqu’à l’exclusion des marchés de tous ceux qui trichent.
Jean-François Buet : Il faut se souvenir de là où l’on vient. Notre rôle apparaissait comme souvent opaque aux yeux du grand public. Aujourd’hui, les groupes nous ont rappelé que nous sommes avant tout des entreprises et non plus des boutiquiers. L’informatique, les services, sont des réalités encrées désormais dans nos quotidiens. L’industrialisation du métier nous a aidé à nous structurer. En revanche, il est vrai que des dérives existent attenants à des comportements liés à l’appétence de groupes toujours plus avides de liquidités . A nous de dénoncer ces méthodes douteuses pour ne pas risquer la compromission.
Circumeo : Question enfin adressée à l’administrateur de biens que vous êtes, comment appréhendez-vous la question de la suppression du dépôt de garantie au profit d’un remplacement systématique de la GRL comme évoqué dans la profession de foi de François Hollande ?
Jean-François Buet : Il s’agit d’une décision assez stupide dans un contexte de déséquilibre existant, défavorable doit-on le rappeler au propriétaire. Il nous faut au contraire rétablir le principe de caution solidaire de personne physique. Ce qui paraît peu probable en état.
Loïc Cantin : Nicolas Sarkozy a déjà ramené de deux à un mois ce dépôt de garantie de compensation au règlement des loyers, ce qui est déjà préjudiciable en soit. Et tous les systèmes de financements supposés accompagner les précaires tout en garantissant le versement des loyers en direction des bailleurs ont montré leurs limites. Nous nous en sortirons que si un accompagnement local (communauté de communes,etc) était mis en place afin de créer un fond de solidarité logement prélevé dans les impôts locaux.
Il ne faut pas à mon sens supprimer le dépôt de garantie et se contenter de mesurettes pour arranger une situation.